Architecture

Villa Cavrois, renaissance d’un monument

Villa Cavrois

La villa Cavrois a ouvert ses portes au public, le 13 juin dernier, après quatorze années d’études et de restaurations. Située à Croix, au sud-ouest de Roubaix, dans le département du Nord, la villa Cavrois est une résidence privée commandée par Paul Cavrois, un riche industriel roubaisien, à l’architecte moderne Robert Mallet-Stevens, en 1929.

Qualifiée de véritable château moderne, la villa Cavrois, achevée en 1932, l’est d’abord par ses dimensions imposantes (sa façade mesure 60 mètres de long) et son organisation aristocratique avec une aile pour les parents et une autre pour les enfants et les domestiques. Elle l’est ensuite par ses volumes dépouillés, ses nombreux toits-terrasses, ses grandes baies vitrées, l’emploi de matériaux et de techniques industriels (béton armé, verre, acier), l’absence d’ornements et la présence d’équipements extrêmement modernes pour l’époque (chauffage central avec thermostat, ventilation, éclairage indirect, téléphonie, télégraphie sans fil, pendules électriques, ascenseur, piscine). C’est que la villa Cavrois répond à un nouveau mode de vie où se côtoient l’air, la lumière, le travail, les sports, l’hygiène, le confort et l’économie.

Villa Cavrois

Robert Mallet-Stevens ne s’est pas contenté de dessiner les plans de la résidence, il en a conçu également le mobilier et la décoration intérieure, ainsi que l’aménagement du parc de cinq hectares et son magnifique miroir d’eau, créant ainsi une véritable œuvre totale. Cette œuvre se caractérise par sa rectitude. On la retrouve aussi bien à l’extérieur, dans les allées du parc, qu’à l’intérieur, dans le mobilier et les éléments d’éclairage. Sur les façades de la villa, l’accent est mis sur les lignes horizontales. Ces dernières sont soulignées par les rambardes des différentes terrasses et le traitement du parement. Ainsi les joints verticaux sont de la même couleur que celle des briques alors que les joints horizontaux sont creusés et peints en noir. On retrouve là le même procédé que celui employé par Frank Lloyd Wright à la Robie House, vingt ans plus tôt.

Villa Cavrois

Durant la Seconde Guerre mondiale, la villa est occupée et transformée par l’armée allemande. La famille Cavrois y réemménage en 1947 et y effectue de nombreux aménagements. Paul Cavrois décède en 1965 et Lucie, son épouse, en 1985. Le mobilier est alors vendu aux enchères et la villa cédée, en 1988, à un promoteur immobilier qui projette de la détruire et de lotir le parc. La villa Cavrois est classée monument historique en 1990. Mais laissée à l’abandon, pillée, vandalisée et endommagée, la villa tombe en ruine lorsque l’État finit par l’acquérir en 2001. S’en suivent quatorze années d’études et de restaurations pour rendre à la villa Cavrois et à ce qu’il reste de son parc son état d’origine. Elle est aujourd’hui gérée par le Centre des monuments nationaux qui en assure l’entretien, la valorisation et l’ouverture au public.

Robert Mallet-Stevens

Robert Mallet-Stevens naît à Paris, en 1886, dans une famille d’origine belge. Il fait des études à l’École Supérieure d’Architecture et commence sa carrière en réalisant des espaces commerciaux et des décors de cinéma. Dans les années 1920, il conçoit plusieurs villas et hôtels particuliers, et se fait remarquer par sa participation à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925. En 1929, il participe à la création de la revue L’Architecture d’aujourd’hui et à la fondation de l’Union des Artistes Modernes qui réunit des artistes décorateurs et des architectes avant-gardistes, et dont il devient le premier président. Lorsque Paul Cavrois s’adresse à lui la même année, Robert Mallet-Stevens est donc une personnalité reconnue, au même titre que Le Corbusier. Il décède en 1945 et avec lui disparaît la majeure partie de ses archives. Son œuvre tombe peu à peu dans l’oubli avant d’être redécouverte dans les années 1980.

LEGO Villa Cavrois

Œuvre la plus aboutie de Robert Mallet-Stevens et exemple remarquable d’architecture moderne des années 1930, la villa Cavrois ne pouvait pas manquer d’inspirer les fans de LEGO. Une recherche rapide sur le web suffit en effet pour en découvrir quelques reproductions. La plus proche du style LEGO® Architecture est probablement celle d’un certain Jack Carter. Sa création est loin d’être parfaite, ne serait-ce qu’en ce qui concerne le choix de la couleur comme celui de certaines pièces. Mais Jack explique lui-même s’être débrouillé avec les moyens du bord. Sa reproduction n’a donc pas la prétention d’être aboutie. Elle n’en a pas moins le mérite de montrer le potentiel de ce bâtiment qui a toutes les caractéristiques pour rejoindre, un jour, la série LEGO® Architecture.

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Sauvons l’architecture moderne du Japon

Tokyo sera à l’honneur à la fin de cette décennie puisque la ville accueillera successivement deux événements sportifs majeurs, la coupe du monde de rugby en 2019 et les Jeux Olympiques en 2020. Si cela entraînera inévitablement des travaux d’aménagements infrastructurels, c’est aussi l’occasion pour certains de faire table rase du passé. Ainsi, en août dernier, je vous faisais part du cas de l’hôtel Okura dont la démolition est programmée à partir de septembre prochain pour faire place à un nouvel établissement. Malheureusement l’hôtel Okura n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, et du Nissay Theatre au Kagawa Prefectural Office Building en passant par le Yoyogi National Gymnasium, ils sont nombreux les autres édifices modernes menacés par cette volonté de destruction alors même que certains ont été conçus pour accueillir des épreuves olympiques ! Heureusement, certaines personnalités s’inquiètent de cette situation préoccupante. C’est le cas, par exemple, de Tomas Maier, le directeur artistique de Bottega Veneta, la célèbre marque de luxe italienne. Il s’est rendu sur place et a visité ces édifices. Le résultat de ce voyage est une vidéo, mise en ligne sur la chaîne YouTube de la marque, dont le but est d’alerter l’opinion publique et que vous pouvez voir en cliquant sur l’image ci-dessus.

Le Burj Khalifa, immeuble le plus haut du monde

Le Guinness World Records, célèbre ouvrage qui recense chaque année tous les records du monde, a 60 ans. Pour célébrer cet événement, son équipe a mis en ligne la semaine dernière sur sa chaîne YouTube une série de vidéos dont une (que vous pouvez voir en cliquant sur l’image ci-dessus) consacrée au plus haut immeuble du monde : Le Burj Khalifa. Situé à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le Burj Khalifa mesure 828 mètres de haut. Plus haute structure jamais construite par l’homme, le Burj Khalifa est bien connu des fans de la série LEGO® Architecture puisqu’il a fait l’objet d’un l’ensemble, le 21008 Burj Khalifa.

La Fondation Louis Vuitton

Si l’activité LEGO® de cette fin de mois d’octobre est plutôt calme, l’actualité architecturale, elle, est en revanche marquée, à Paris, par l’ouverture de la Fondation Louis Vuitton. La Fondation Louis Vuitton, c’est un nouveau lieu consacré à l’art, mais c’est surtout un nouveau bâtiment qui allie prouesse technologique et puissance poétique.

Commandée par le groupe LVMH, la Fondation Louis Vuitton a été conçue par l’architecte américano-canadien Frank Gehry à qui l’on doit notamment le Walt Disney Concert Hall à Los Angeles, le musée Guggenheim de Bilbao ou le tout récent Biomuseo à Panama, et à qui le Centre Pompidou consacre actuellement une exposition rétrospective. Située en bordure du Jardin d’Acclimatation, au nord du Bois de Boulogne, la Fondation Louis Vuitton se devait de refléter sa vocation artistique tout en respectant son environnement paysager.

Frank Gehry a donc imaginé un bâtiment constitué de blocs de ductal (béton fibré) blanc appelés icebergs, enveloppés de douze voiles de verre. Ces voiles de verre renvoient à l’architecture métallique du XIXe siècle, au passé architectural du Jardin d’Acclimatation et à son ancien Palais d’hiver. Leur forme confère à la Fondation Louis Vuitton une allure dynamique qui fait écho à la végétation luxuriante alentour. Un sentiment de symbiose accentué par leur surface miroitante qui réfléchit la nature environnante et dont l’aspect varie en fonction du temps et de la luminosité.

Composée de 3600 panneaux de verre et de 19000 autres de ductal tous différents, la réalisation de la Fondation Louis Vuitton a constitué un véritable défit technologique rendu possible grâce à des outils performants comme un logiciel de conception inspiré d’un modèle issu du domaine de l’aéronautique, et des innovations techniques comme ce fameux ductal aux propriétés particulières ou la construction d’un nouveau four à verre spécifique.

Le résultat de tous ces efforts, c’est un bâtiment unique, tant dans la carrière de Frank Gehry que dans le domaine de l’architecture en général. Un bâtiment qui évoque pour certains un nuage délicatement posé au sol, pour d’autres un navire toutes voiles dehors, pour d’autres encore un vaisseau futuriste prêt à prendre son envol. Quoi qu’il en soit, c’est un bâtiment qui fait d’ores et déjà figure de référence puisqu’il a été intégré au programme du cycle d’étude en architecture de l’université d’Harvard. De là à voir cet édifice rejoindre un jour la série LEGO® Architecture… Je pense qu’avant que cela n’arrive, les concepteurs LEGO® auront, eux-aussi, pas mal de défis à surmonter.

Made In Europe

Made In Europe est le nom d’une exposition célébrant les 25 ans du prix de l’Union européenne pour l’architecture contemporaine « Mies van der Rohe » qui s’est tenue du 7 juin au 4 août dernier pendant la biennale d’architecture de Venise. Celle-ci s’est donc achevée mais l’ensemble de la documentation alors présentée est désormais disponible en ligne constituant ainsi une ressource documentaire très utile de même qu’une source d’inspiration incroyable.

L’hôtel Okura

L’hôtel Okura de Tokyo est un exemple magnifique du mouvement moderne au Japon. Situé dans le district de Toranomon, dans l’arrondissement de Minato, à Tokyo, l’hôtel est composé de deux bâtiments : Le bâtiment principal qui a ouvert ses portes en 1962 et l’aile sud qui a été inaugurée en 1973. A l’origine, l’hôtel Okura a été construit en vue d’accueillir les visiteurs pour les Jeux Olympiques de 1964 qui se sont tenus à Tokyo. Sa réalisation a été confiée à un groupe de quatre personnes, les architectes Yoshiro Taniguchi et Hideo Kosaka, le peintre Shiko Munakata et le potier Kenkichi Tomimoto. Il se distingue par ses formes pures : Des volumes parallélépipédiques, des surfaces plates, des lignes droites. Tous ces éléments s’interpénètrent, révélant à l’extérieur l’organisation interne du bâtiment. Cela structure la façade et la rythme horizontalement et verticalement. Cet effet décoratif est renforcé par l’utilisation de couleurs différentes pour chaque élément architectural.

Si je vous parle de l’hôtel Okura, c’est d’abord parce qu’il constitue un modèle magnifique, resté inchangé depuis sa construction, pour une construction en briques LEGO®. Mais c’est aussi et surtout parce qu’il est amené à disparaître. En effet, à partir de septembre 2015, le bâtiment principal va être détruit pour laisser la place à une tour de verre de 38 étages. Le nouveau bâtiment doit ouvrir en 2019, juste à temps pour accueillir les visiteurs de la coupe du monde de rugby qui se déroulera au Japon, puis ceux des Jeux Olympiques de 2020 qui se tiendront à nouveau à Tokyo. Cette décision navrante, justifiée par une volonté de modernisation, fait table rase du passé au détriment de la valeur architecturale, historique et culturelle de cet édifice. D’ailleurs, si vous voulez vous aussi faire part de votre mécontentement, sachez qu’il existe une pétition en ligne, lancée par le magazine Monocle, pour la préservation de l’hôtel Okura de Tokyo.

The Interlace

Le CTBUH dont je vous ai déjà parlé dans un précédent billet inaugurait cette année un nouveau prix, le Urban Habitat Award, dont le vainqueur a été révélé. Il s’agit de The Interlace à Singapour, cité-Etat bien connue des amateurs de la série LEGO® Architecture depuis la sortie de l’ensemble 21021 Marina Bay Sands.

The Interlace est un complexe résidentiel en cours de construction conçu par l’architecte allemand Ole Sheeren et OMA. Il est composé de 1040 appartements répartis dans 31 barres d’immeubles de 70 m de long et 6 étages empilées de manière à former des hexagones. Les espaces ainsi dégagés au sol et sur les toits des immeubles accueillent des espaces verts et des équipements sportifs, le tout intégré dans une végétation environnante tropicale.

Ce sont toutes ces qualités environnementales, architecturales et sociales, rendues possibles grâce à un agencement original, que le jury a tenu à distinguer par ce prix ; autant de qualités qui nous font dire que The Interlace pourrait rejoindre fièrement la série LEGO® Architecture. Il réussirait alors là où Habitat 67 a échoué et deviendrait ainsi le premier ensemble sur un complexe résidentiel.

Best Tall Buildings Awards 2014

Le Council on Tall Buildings and Urban Habitat (CTBUH), organisation à but non lucratif créée en 1969 et basée à l’Illinois Institute of Technology Chicago, qui établit notamment le record du plus haut immeuble du monde, vient de décerner ses Best Tall Buildings Awards qui comme chaque année récompensent quatre grands immeubles issus des quatre grandes régions que sont les Amériques, l’Asie et l’Australie, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Présentés de gauche à droite, les gagnants sont :

  • Le Edith Green-Wendell Wyatt Federal Building à Portland, aux États-Unis, par Cutler Anderson Architects,
  • Le One Central Park à Sydney, en Australie, par Ateliers Jean Nouvel (Cocorico !),
  • Le De Rotterdam à Rotterdam, aux Pays-Bas, par Office for Metropolitan Architecture (OMA),
  • La Cayan Tower à Dubaï, aux Émirats arabes unis, par Skidmore, Owings & Merrill (SOM).

C’est l’occasion de découvrir des immeubles reconnus pour leurs qualités et, éventuellement, de trouver le modèle de votre prochaine création.